mouches.org

site d'un pêcheur à la mouche



Techniques de pêche

LA PÊCHE en RESERVOIR

par Marcel LECOMTE


  La multiplicité des réservoirs qui s’ouvrent à gauche et à droite et aussi, il faut malheureusement l’avouer, les déboires de plus en plus fréquents rencontrés au bord de la rivière (eau basse, kayaks et autres sportifs irrespectueux, raréfaction des poissons de taille correcte, présence de viandards, non respect des règlements…) font que nous sommes de plus en plus attirés vers ce type de plan d’eau. Mais bien souvent, le premier contact n’est guère fructueux et s’avère même décourageant si on ne bénéficie pas des conseils éclairés d’un habitué de l’endroit ou de ce type de pêche.
En effet, la « lecture » d’un plan d’eau paraît beaucoup plus ardue que celle d’une rivière : pas de points de repère visibles, pas d’obstacles servant de « poste » et une surface de prospection qui peut s’avérer immense (de 1 ou 2 à plusieurs dizaines voire centaines d’hectares…). Je me souviens encore avec grand plaisir de parties de pêche sur des lacs irlandais longs de plusieurs dizaines de kilomètres. Le vent va souvent s’avérer un allié efficace et une certaine connaissance des diverses profondeurs du lac prospecté est nécessaire afin de choisir l’endroit le plus approprié, à un moment précis.
Il faut savoir que dans les plans d’eau relativement profonds, la température varie de plusieurs degrés entre la surface et le fond, selon la saison. Les truites se tiennent toujours à un niveau précis, qui s’appelle un THERMOCLINE, et présente une température constante correspondant à celle qui leur convient le mieux. Ce thermocline va se rapprocher du fond ou de la surface selon la température ambiante (été ou hiver), et j’ai quasi envie d’affirmer que le succès d’une partie de pêche dépend de la localisation précise de ce thermocline.

Mais avant de trouver la bonne profondeur, il est nécessaire d’abord de trouver le bon endroit !
Disons tout de suite que la pire des situations est représentée par un lac ou un étang parfaitement ensoleillés, présentant une eau étale (lisse, sans vent) sous un ciel d’azur. Dans de telles conditions, il vaut mieux se raconter des histoires au bar du Lodge (s’il en existe un).
Par contre, s’il y a du vent, alors la situation devient intéressante !
Il est primordial de repérer ce que certains appellent les « couloirs de vent » qui sont formés par des obstacles situés dans l’axe du vent (îlots, monticules, arbres ou bosquets…) et qui divisent la surface de l’eau en zones alternativement calmes et agitées (voir la photo ci-dessus où 3 couloirs sont nettement délimités).
Un couloir de vent où l’eau est agitée de vaguelettes et mise en mouvement, constitue une véritable provende pour les poissons car on va y trouver quantités d’insectes noyés, de nymphes en train d’émerger et de débris organiques divers (mousse, brindilles…). Ils sont faciles à prospecter lorsqu’on dispose d’un bateau ou d’un float-tube, mais par contre, plus difficiles à exploiter lorsque seule la pêche du bord est autorisée…

Plusieurs situations s’avèrent intéressantes :

1/ Les berges battues par le vent sont pour moi, les plus propices à des résultats probants car on y trouve un véritable « garde-manger » flottant. Elles peuvent évidemment paraître rebutantes, car il s’agit de lancer contre le vent, ce qui est parfois malaisé ; mais par contre, les truites ne se situent qu’à 10-15 mètres de la rive et souvent près de la surface ; la manne qui est mise à leur disposition les rend moins méfiantes, voire imprudentes… Une certaine discrétion est quand même à conseiller !
ATTENTION ! Toujours débuter par des lancers courts, et allonger petit à petit la soie ; vous gaspillez vos chances en lançant directement au loin.

2/ La zone « frontière » entre le calme et les vagues, constitue aussi un poste intéressant, à pêcher avec le vent dans le dos. Il est souvent nécessaire, dans ce cas, d’être capable de longs lancers (de 20 à 25 m) pour aller poser le leurre devant les truites qui se tiennent « le nez dans le vent », juste à la limite des vagues, à l’affût de tout insecte flottant… c’est une pêche passionnante, qui demande beaucoup de précision.

3/ Les criques abritées du vent peuvent constituer des postes de choix, notamment lors des éclosions massives, MAIS leur prospection est très difficile et demande une grande patience, une légèreté incontournable et des ruses de Sioux. En effet, sur une eau calme, les truites vont se montrer très méfiantes et vont nous obliger à recourir à toutes les astuces possibles : petites mouches, long bas de ligne à pointe longuement et fréquemment dégraissée. Pour moi, la seule tactique productive consiste à poser la mouche (j’avoue un faible très marqué pour les Suspender Nymphs), puis à attendre le gobage. Cela peut durer longtemps et il est très difficile de ne pas se laisser distraire ou tenter par un gobage qui aurait lieu à quelques mètres du leurre. Mais surtout, il faut éviter de relancer, car tout mouvement de soie aura comme seul résultat de repousser les poissons de plus en plus loin, jusqu’à devenir inaccessibles (ce phénomène est semblable sur des rivières larges, comme la Semois…). Tôt ou tard, la récompense viendra, sous forme d’un gobage marqué et bruyant… Ne pas oublier de ferrer à retardement !

A/ LE GOBAGE :
Il peut varier de la discrétion totale (une toute petite aspiration) à l’éclaboussement bruyant et spectaculaire, qui fait se retourner tous les voisins. Il demande, de toute manière, beaucoup d’attention, car la grosse difficulté consiste à ne pas ferrer trop vite. Nombres de ratés, de poissons perdus, sont mis sur le compte de la taille de la mouche, de la finesse relative du bas-de-ligne ou de la méfiance du poisson ! Il n’en est rien. La plupart des ratés sont dus au simple fait que nous ferrons trop tôt, alors que le poisson a encore la gueule grande ouverte. Il ne faut pas oublier que nous avons à faire ici à des partenaires (ou des adversaires, selon votre état d’esprit) qui peuvent être de forte taille et présenter une grande ouverture buccale, mais surtout qui ne sont pas pressés d’engamer : ils ont tout le temps de prendre puisqu’il n’y a pas de courant. Difficile au début de maîtriser le réflexe du ferrage instantané, et de compter jusqu’à 2 ou 3 avant de relever la canne sans violence. Un ferrage trop appuyé se soldera par une casse à chaque fois que vous ferrerez à contre-sens de la direction du poisson, même sur du 16 ou 0,18…

B/ Le BAS-DE-LIGNE :
Il est impératif de le dégraisser fréquemment (3 à 4 fois par journée de pêche), au moins sur le premier mètre en sèche, en utilisant des produits présentés dans le commerce (relativement coûteux…), ou tout simplement à l’aide d’un petit chiffon imbibé de produit « vaisselle »… Cette opération est à répéter dès que le nylon recommence à flotter !
Cela vaut pour la pêche au streamer ou en noyée, pour la pêche en nymphe, mais aussi pour pêcher en sèche … en effet, un nylon qui brille en surface est la cause la plus sûre de refus !
Personnellement, lorsque je pratique des plans d’eau en no kill, abritant des hôtes d’une certaine taille, j’ai renoncé depuis longtemps à utiliser des nylons fins et je descends rarement en-dessous du 0,14 (au fluorocarbone), flirtant même plus souvent avec du 0,16 ou 0,18… Ceux qui me fréquentent ont pu constater que cela n’altère en rien mon « rendement ».
La situation idéale : à l’ancre, face au vent, avec l’eau striée de vaguelettes… (J.C. Buffet, à la Salamandre)

Je parle évidemment ici de conditions de pêche normales.
Lorsque 50 ou 60 compétiteurs sont en train de « matraquer » un plan d’eau à qui mieux mieux, je considère que les conditions ne sont plus tout-à-fait normales et qu’à situations exceptionnelles, il est nécessaire d’appliquer des choix exceptionnels…
La seconde raison qui me fait prôner les nylons « forts » est qu’ils permettent de maîtriser assez rapidement un poisson de belle taille et de lui laisser toutes les chances de survie ; par contre, si l’utilisation d’un nylon arachnéen implique de conduire un beau spécimen à l’épuisement pour l’échouer, cela équivaut aussi à une condamnation à mort irrévocable, car l’accumulation d’acide lactique dans l’organisme entraîne la mort par empoisonnement dans les heures qui suivent… Cela n’est plus à démontrer et constitue une vérité scientifique. Ce n’est pas un hasard si tous les gestionnaires de plans d’eau renoncent au « no kill », avec les Anglais comme chefs de file.

C/ Le LANCER :
Dieu sait que j’ai été un adepte des très longs lancers qui m’ont procuré des joies irremplaçables (je ressens personnellement beaucoup plus de plaisir à prendre une truite en sèche à 20 m de moi, plutôt que d’en prendre 20 à 3 mètres du bord), mais je considère qu’en lac, le bateau et le float-tube sont des gages certains de réussite, grâce à la discrétion et la précision qu’ils engendrent.

Je me souviens d’une demi-journée à Freux, l’an dernier, avec Jacques Lamy, où nous nous étions appliqués à dériver sous le vent à une quinzaine de mètres du bord ! … Quasi chaque lancer vers la berge était synonyme d’une attaque ou d’une capture. L’après-midi, nous nous étions installés, à l’ancre, dans un couloir de vent, avec autant de réussite, en laissant simplement dériver la mouche dans le souffle d’Eole.
Je dois vous avouer que ma pêche préférée en lac est la pêche à la dérive contrôlée, avec une ancre flottante. Cela consiste à se placer perpendiculairement au vent, avec l’ancre flottante (un carré de toile forte, percé d’un trou central, d’1,5 m de côté, attaché aux quatre coins et semblable à un parachute) fixée au milieu du bateau près d’un taquet de rame. Plus la corde d’attache sera longue, plus l’ancre va se rapprocher du fond et freiner la dérive. C’est merveilleux pour dériver lentement le long des berges, en contrôlant la distance à l’aide d’une seule rame.

D/ Les MOUCHES :
Mes préférées en lac sont les Buzzers, les Suspender nymphs (SN), la Shuttle Cock et les petites nymphes comme l’Astigogo ou la mini Palaretta pour la pêche en surface ; en général train de 2 mouches, avec une SN en tête et une petite nymphe en potence (de 15 à 20 cm de long), à 80 cm ou 1 m de la mouche de pointe.
Pour la recherche du thermocline, une nymphe casquée (plomb ou tungstène) noire ou orange va me permettre de tester différentes profondeurs, en variant le temps de descente.
Je n’affectionne pas du tout la pêche au streamer, mais elle peut être très productive sur de gros spécimens, notamment avec des montages en lapin.
J’ai pratiqué à l’occasion la pêche au Boobie, qui s’avère parfois meurtrière quand le poisson boude la surface (utiliser une soie plongeante Extra Fast Sinking qui repose sur le fond, et animer par tirettes saccadées).