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Techniques de pêche

CHEVESNE AU STREAMER

par Yves GREGOIRE


  Le chevesne au streamer en mai, ça donne !

Le streamer n’est pas une mouche-leurre réservée aux truites. Michel Van Der Elst, pêcheur de la Semois, ne l’ignore pas. A la fin du printemps, tous les gros chevesnes qui remontent cette rivière pour frayer attaquent avec agressivité les plumeaux les plus extravagants.

Matériel et montage

« Le streamer, ce n’est pas compliqué. En fin de compte, cette technique est plus proche du lancer léger que de la mouche. Guider le streamer dans le courant, accélérer sa nage puis la ralentir, tout cela me rappelle la pêche à la cuiller ! Question matériel, j’utilise une canne à mouche d’action de pointe type réservoir de 10 pieds pour soie 7, complétée d’un moulinet Large Arbor vendu avec deux bobines. La première est garnie d’un backing suivi d’une soie WF7 flottante et la seconde d’une WF7 intermédiaire transparente vraiment très utile pour pêcher discrètement l’eau claire. Je n’emploie jamais de soie plongeante ou à pointe plongeante : lorsque le courant est soutenu je préfère miser sur le poids du streamer pour atteindre le fond. Même la soie la plus lourde offre encore trop de résistance au courant pour pêcher efficacement. En début de saison, ce problème de la présentation du streamer à la bonne profondeur est selon moi capital. En fonction de la position des chevesnes, je dois établir un judicieux équilibre entre la longueur du bas de ligne et le poids du streamer. Si par exemple les chevesnes se nourrissent sous la surface, je nouerai un streamer non lesté au bout d’1,80 m de fil fluorocarbone 18-20/100. Par contre, lorsqu’il faut chercher le chevesne dans un courant vif et profond, j’allongerai le bas de ligne à 3m – soit environ la longueur de ma canne – puis fixerai en pointe un streamer bien lourd qui coulera comme un fer à repasser !
Pour pêcher correctement, je fais dans la simplicité mais j’adapte aussi sans cesse mon montage au terrain. »

Les streamers qui marchent

La plupart des streamers de Michel sont montés sur des hameçons n° 8 ou 10 très piquants (les lèvres du chevesne sont épaisses et coriaces), à tige extra longue. Par temps couvert et eau piquée, Michel préfère les modèles sombres (noir, brun foncé) ; par ciel radieux et eau claire, le chevesne sera plutôt séduit par un modèle de couleur vive agrémenté d’un tinsel or ou argent.

Streamers non lestés

Ces modèles conviennent pour peigner les radiers, pour la prospection des couloirs herbus et peu profonds et enfin pour la pêche en surface. Michel a un faible pour les streamers en marabout : « Ce matériau est si souple que la queue du streamer travaille toute seule même lorsque je l’immobilise dans le courant. »

Streamers lestés

« Ces modèles alourdis par des spires de fil de plomb enroulé sur la tige de l’hameçon ou encore par un diabolo en métal placé juste derrière l’œillet me permettent de quadriller les turbulences profondes. Les modèles en lapin noir ou en marabout (Zonker ou Spermato) évoquent des têtards, très nombreux dans les flaques qui bordent la rivière à ce moment de l’année. »

Streamer vairon

« Un autre must en début de saison, un modèle craquant pour un chevesne qui se refait une santé à l’issue du frai. Les bancs de vaironnets fréquentent les mêmes eaux peu profondes et chaudes des bordures que les chevesnes. Je garde toujours une place pour ces streamers dans ma boîte à mouches : des modèles légèrement lestés pour qu’ils nagent à 30cm sous la surface. »

Technique d’animation, travail du streamer

Michel lance son streamer en travers de la Semois en pêchant ¾ aval et, à l’issue de chaque lancer, progresse d’un pas vers l’aval, couvrant avec régularité l’entièreté du cours d’eau.
« En fin de dérive, je relève le scion de ma canne pour accélérer la nage du streamer et le faire remonter en douceur vers la surface. Cette ultime accélération, les pêcheurs au lancer la connaissent bien : elle décide souvent le chevesne à passer à l’attaque. Si je prospecte systématiquement le couvert boisé de la berge – car les chevesnes s’y postent toujours à la queue leu leu pour y glaner tout ce qui tombe à l’eau – je ne perds pas de vue qu’en mai, le plus gros des chevesnes se tiennent aussi en plein courant derrière les obstacles comme les grosses roches et en fin de courant à la sortie des pools. Je ne pêche jamais les chevesnes qui se dorent dans les calmes, des poissons actifs se tiennent toujours dans la veine d’eau principale. Après une capture, j’insiste toujours sur le poste car un chevesne est rarement seul. Sur un banc de dix poissons, il y a toujours moyen d’en faire craquer deux ou trois. Par après, la méfiance s’installe et je vais voir ailleurs. »