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Techniques de pêche

PECHER LES POISSONS BLANCS à la mouche

par Yves GREGOIRE


  La pêche des Cyprinidés à la mouche offre un succédané valable au moucheur en état de manque, en période de fermeture des salmonidés ou pendant l'été, voire encore une alternative agréable aux truites de bassine qui, de plus en plus souvent, fréquentent nos rivières.
Pêcher les chevesnes rôdant en surface au départ d'une barque est une activité praticable en Meuse ou en Basse Semois. Postés dans les bords sous le couvert végétal, les chevesnes guettent les insectes en perdition, désemparés ou emportés par une bourrasque de vent. Ces poissons très méfiants doivent être approchés de l'aval vers l'amont, à petits coups de rames discrets, en postant la barque 3/4 aval du chevesne repéré. En été, les courants sont lents et il n'est pas nécessaire de jeter à l'eau un lest pour immobiliser la barque. De plus, quelques lancers rapides suffisent pour déterminer si le chevesne en question est mordeur ou non.
Une canne à mouche classique à ce type de pêche. Au bout de la queue de rat terminée par une pointe en nylon 12/100èmes, fixez un sedge gris-brun monté sur hameçon 12 ou 14 du genre Universelle, ou autre mouche de pierre abondante en fin de journée sur les gros cailloux baignés par l'eau. Lancez votre mouche derrière le dernier poisson posté. Le petit ploc suffit à déclencher l'attaque quasi instinctive. Passez ensuite au chevesne suivant !

La mouche intéresse également les beaux rotengles. Nos voisins hollandais se sont élevés en spécialistes de cette technique, principalement dans les polders. Poisson de surface, le rotengle fréquente les eaux calmes où abondent les herbiers et les plants de nénuphars. Si de petites nymphes (imitations de chironomes) conviennent bien à sa pêche entre deux eaux (technique de la tirette), c'est à l'aide de petites sèches que vous éprouverez le plus de plaisir à le pêcher.

La pêche fine de ce poisson méfiant est affaire de connaisseurs : l'approche du rotengle doit se faire avec un maximum de discrétion. Rien n'échappe à ce poisson quand il est posté en surface en eau calme. Limitez donc les faux lancers et veillez à la présentation car vous n'aurez pas droit à l'erreur. Bonnes mouches sèches : petits modèles fournis Palmers, hameçons 14 à 18. Présentés sur une pointe de 10 ou 12/100èmes. Matériel: une canne 9 pieds pour soie DT 4-5.

Les eaux courantes plus rapides des rivières mixtes offrent d'autres émotions aux moucheurs ; des cyprins rhéophiles comme le barbeau et le hotu sont autant d’adversaires combatifs qu'il est agréable de ferrer sur une nymphe lestée montée sur hameçon 10 à 14. Ces nymphes alourdies d'une bille en laiton polie, présentées au ras du fond, déclenchent autant l'attaque des salmonidés que celle des cyprinidés. Une longue canne à mouche de 9 1/2 pieds à 10 pieds pour soie 4, 5 ou 6, conviendra bien au contrôle de la dérive de la nymphe.
Les spécialistes de cette technique utilisent un très long bas de ligne d'une longueur équivalant à environ deux fois et demie celle de la canne de manière à avoir toujours du nylon sous la main et non de la soie. Ceci afin d'assurer une sensibilité tactile maximale à la touche.
Quand le courant tire vraiment trop, certains moucheurs installent une seconde nymphe en potence à 30-40 cm de la "mouche de pointe".

En Belgique, les fonds schisteux et l'eau généralement peu claire ne permettent guère de pratiquer à vue. Les moucheurs installent donc sur leur queue de rat un petit indicateur de touche ou, plus simplement, montent en potence une mouche sèche bien graissée qui jouera ce rôle lorsqu'un poisson s'emparera de la nymphe.
Cette technique « upstream » se pratique de la façon suivante : le pêcheur lance sa nymphe 3 à 4 m en amont dans un couloir profond. Bras levé, tenant sa canne haute pour maintenir un contact permanent avec son leurre, le pêcheur l'animera lentement tout en surveillant la dérive de la nymphe jusqu'à ce que cette dernière passe devant lui. A partir de cet instant, la nymphe demeurera certes encore pêchante, mais entre deux eaux, car la pression du courant la soulèvera progressivement vers la surface. Attention : même à ce moment, un poisson suiveur peut s'emparer du leurre. Ce mouvement de dandine rappelle au poisson les bonds des larves diverses qui émergent du substrat rocheux.

Même si les puristes la réfutent d'une même voix, cette technique très meurtrière ne peut manquer d’évoquer les coulées effectuées à l'aide d'une ligne flottante.
En ratissant systématiquement les couloirs rocheux où il est impossible de présenter une noyée, vous irez chercher les poissons là où ils se trouvent en début et en fin de saison : au ras du fond.

A l'issue du frai, les barbeaux se concentrent en bancs importants sur des zones profondes proches de leurs frayères. C'est à cette époque qu'il est plus aisé de déclencher leurs réflexes d'agressivité à l'aide de lourdes nymphes animées à proximité du fond. Du tout beau sport en perspective car le barbeau est un adversaire très combatif.

Et les hotus ? En juillet et août, la Basse Lesse (Anseremme), la Basse Semois (en aval de Bouillon) et l’Ourthe banale recèlent des bancs compacts de ces beaux poissons. Une petite nymphe foncée sur hameçon 12 ou 14 ne traversera pas un banc sans faire une victime. Quoi de plus grisant que de travailler, sur une canne souple et un fil ténu, un de ces vigoureux poissons qui peut atteindre 2 kg ?