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Techniques de pêche

TRUITE AU STREAMER EN PETITE RIVIERE

par Yves Grégoire


  La multiplication des parcours no kill sur les rivières belges amène nombre de moucheurs à développer différentes techniques susceptibles d'aguicher les truites dès l'ouverture de mars.

La pêche au streamer en est une des plus performantes. Avant toute chose, rappelons que l'utilisation de grands streamers montés sur des hameçons de taille importante est parfaitement licite. Seule une limitation légale de 2 cm est imposée aux mouches utilisées dans les eaux mixtes de Wallonie où la pêche de la truite est autorisée dès l'ouverture de mars, à la mouche uniquement (sans lest ni annexe). De petites rivières comme la Haute Lesse, la Lhomme ou encore les deux Ourthes en amont du lac de Nisramont, sont parfaitement indiquées pour faire ses premières armes au streamer.

Choisissez une canne de 9.6 pieds environ, d'action de pointe, assez rapide, complétée d'un moulinet classique ou, si vous préférez, d'un automatique aux réactions plus vives, garni d'une soie WF 5 ou 6.

Deux voies s'offrent au pêcheur :

Pour la première, vous choisissez une soie à pointe plongeante -genre Sink Tip – présen-tant, au bout d'un court leader d'1 m à 1,50 m, un streamer non lesté. Cette solution offre l’avan-tage de poser le streamer très délica-tement et s’adapte particulièrement bien aux zones les plus calmes et les plus profondes de la rivière.

Pour la seconde : vous optez pour une soie flottante terminée par une queue de rat plutôt longuette (1/3 de plus que la profondeur moyenne de la rivière). En pointe (16-18/100), vous fixerez alors un streamer fortement lesté. En pratique, c'est cette seconde formule qui se révèle la plus performante car, en outre, en présence d'eau très profonde et calme (gouffre, contre-courant), il vous reste toujours la possibilité d'insérer entre la soie et la queue de rat un leadcore qui entraînera votre streamer à bonne profondeur. C'est la formule la plus pratique également car elle vous permettra de visiter tous les postes avec plus de précision que ne l'autorise le montage avec le streamer non lesté.

Pratiquée avec une canne plutôt dure, cette technique du streamer se rapproche en réalité beaucoup plus du lancer ultra-léger. Animé classiquement dans le courant, de l'amont vers l'aval, en pratiquant des retenues, des relâchés ou des accélérés, un streamer se révélera aussi efficace qu'une cuiller ou qu'un poisson-nageur auprès des truites postées sous les racines ou dans les creux des berges.

Mais le streamer lesté vous permettra également d'effectuer d'autres figures, certes moins spectaculaires mais nettement plus payantes : attaquez les postes de l'aval vers l'amont en remontant le cours de la rivière avec la plus grande circonspection. En lançant votre leurre 3/4 amont, la soie, immédiatement emportée par le courant, accélère la dérive de votre streamer et le rend encore plus aguichant. Si vous battez ainsi la rivière de petits coups de ligne précis, rapides et répétés, vous délogerez toutes les truites postées dans le courant. En tirant soudainement sur le ventre tendu de la soie, vous déclencherez souvent le réflexe d'attaque d'une truite suiveuse et indécise, un peu comme les vaironneurs profitent de l'accélération ultime de leur monture en fin de dérive : souvent décisif.

Les petites rivières protégées par un couvert végétal exubérant ne sont pas précisément les lieux où il faut emmener un moucheur débutant : lancers roulés et horizontaux s'imposent. Même s'il est plus aisé de pratiquer en wading, évitez d'alerter les poissons par vos ébats aquatiques et essayez autant que faire se peut de progresser sur les rives car c’est bien plus souvent sous vos bottes plutôt qu’au milieu du courant que se postera la belle truite que vous traquez.

Qu'évoque un streamer ?

Tout et rien : un gros insecte terrestre en difficulté ou, plus sûre-ment, un vairon ou un chabot désemparé par le courant. Les modèles les plus classiques sont lestés par quelques spi-res de plomb sur la hampe de l'hameçon. Cependant, en lestant le streamer en tête à l'aide de deux gros yeux en plomb ou en billes chromées prélevées sur une chaîne de lavabo, vous lui procurerez un mouvement très aguichant, fort proche de celui de la monture Ariel.

En début de saison, un corps foncé (noir, brun, gris) agrémenté de tinsel et d'un long appendice en marabout ou en peau de lapin de la même couleur et de la même longueur que celle du corps (pas plus longue, sinon la truite happe la queue et échappe à l'hameçon), se révélera du meilleur rendement. En attendant les premières éclosions de mai-juin, variez les coloris dès que les eaux se réchauffent : orange, jaune, vert fluo ou argent. Quand les truites boudent ou font les difficiles, variez les couleurs de vos streamers ou montez en potence deux autres petites noyées de teintes différentes. Cette solution certainement peu orthodoxe, mais très efficace, permet de déterminer très rapidement la couleur « qui prend » ce jour-là. Cependant tenez vous-en à la règle d'or : à temps clair, leurre clair, à temps couvert, leurre sombre.

Il importe de monter vos streamers sur des hameçons épais et lourds (n° 10-8-6) et à l'aide de matériaux absorbant bien l'eau (laine, marabout, peau de lapin) : une fois mouillés, les leurres doivent immédiatement piquer du nez vers le fond. C'est très important car l'impact du leurre à la surface de l'eau attire bien plus souvent l'attention des truites qu'il ne les effraie. Elevées pour la plupart aux granulés, ces truites de rempoissonnement qui peuplent aujourd'hui nos rivières (ne nous leurrons pas !) réagissent encore aux bruits de toutes origines en surface. C'est d'ailleurs cette réaction à ce stimulus qui fait le succès de la plupart des nymphes casquées en rivière et en réservoir !